HAUTBOIS

 1er 2008
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PROFESSEUR - Sandrine GEUNIS




PRESENTATION DU HAUTBOIS



Terme générique, le hautbois est un instrument de musique à vent de la famille des bois, de perce conique et dont le son est créé par la vibration d’une anche double au passage du souffle. Son timbre peut être puissant et sonore ou doux et charmeur, clair et nasillard ou plein de rondeur et de chaleur.

Connu dès l’antiquité, l’instrument a évolué dans l’espace et dans le temps avec une diversité qui n’a d’égale que la créativité des civilisations et cultures dans lesquelles cet instrument est encore utilisé de nos jours. Les hautbois traditionnels (bombarde, cornemuse, duduk, gaïta, hichiriki et autre zurna) et les hautbois modernes (musette, hautbois, hautbois d’amour, cor anglais et hautbois baryton, hautbois baroque, hautbois classique) forment une grande famille aux multiples facettes.

Utilisé en solo, musique concertante, musique de chambre, orchestre symphonique ou bande de hautbois, le hautbois moderne désigne à l’orchestre l’ensemble de la famille. Selon Hector Berlioz, « le hautbois est avant tout un instrument mélodique ; il a un caractère agreste, plein de tendresse, je dirai même de timidité. La candeur, la grâce naïve, la douce joie, ou la douleur d’un être faible, conviennent aux accents du hautbois : il les exprime à merveille dans le cantabile. »

Les œuvres pour hautbois sont essentiellement issues des répertoires baroque (Bach), et classique (Mozart) puis du renouveau du XIXe siècle (Robert Schumann) à nos jours (Nicolas Bacri).



LA FAMILLE MODERNE



- la musette (ou hautbois piccolo) en mib ou en fa (3ce mineure ou 4te juste supérieure), pavillon conique ;
- le hautbois en ut, soprano, pavillon conique ;
- le hautbois d’amour en la (3ce mineure inférieure), mezzo-soprano, petit bocal courbé, pavillon piriforme (en forme de poire) ;
- le cor anglais en fa (5te juste inférieure), alto, bocal courbé, pavillon piriforme ;
- le hautbois baryton (8ve inférieure), appelé bass oboe par les anglais, devrait s’appeler hautbois ténor ; bocal en forme de S, son pavillon piriforme est parfois dirigé vers le haut et le heckelphone même tessiture, autre facture


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Hautbois en UT

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Cor Anglais Moderne


LA FAMILLE BAROQUE



- la musette de cour
- le hautbois baroque
- le hautbois d’amour baroque
- le hautbois da caccia


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Hautbois Musette Thibouville Lamy


HISTOIRE DU HAUTBOIS



L’antiquité


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Tombe étrusque de Leopardi

De nombreux vestiges offrent des représentations des mizmars égyptiens, de l’aulos grec, simple ou double, signalé par Homère dans l’Iliade : « Et l’on entend sur Thèbes en flammes le son des auloï », ou des tibiae romaines en roseau.

Le hautbois dans le monde


Les zurnas ou les zurlas se jouent encore aujourd’hui de la Turquie à la Tunisie ou en Macédoine ; les doudouks sont d’origine arménienne, les toroksips et les tárogatós de Hongrie, les surnajs de Russie ; les alghaitas se retrouvent dans toute l’Afrique et même jusqu’en Birmanie ; les shenaïs sont utilisés dans la musique traditionnelle du nord de l’Inde, les nagasvarams plus au sud ; la Thaïlande a ses pinais ; en Chine, ce sont les suonas et au Japon les hichirikis…

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Toroksip de Hongrie

Évolution du hautbois en Europe


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Chalemies de la Renaissance

À partir du XIIe siècle, l’observation des enluminures et des miniatures des manuscrits monastiques, des tapisseries, des sculptures et des tableaux où les représentations des différents hautbois ne manquent pas, donne une idée assez précise des instruments joués suivant les circonstances et les périodes (les musettes du Cantigas de Santa Maria par exemple).

Déclinée en consort, (dessus, haute-contre, taille, basse, …), la chalemie, appelée aussi hautbois ancien, tournée d’une seule pièce, de perce large surtout au pavillon, donnera naissance aux discants, aux cromornes, aux ciaramellas ou aux pifferi italiens, aux dulzainas ou aux graïles espagnols, mais aussi aux bombardes, hautbois du Poitou ou autres hautbois du Languedoc … Le hautbois est également la partie de la cornemuse, du biniou, de la veuze ou de la musette de cour jouant la mélodie.


Naissance du hautbois baroque


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Danse des Nymphes (détail), manufacture des Gobelins, 1687

En France, les chalemies, les cromornes font partie de l’univers musical de la cour des rois jusqu’aux fêtes de hameau ; le hautbois du Poitou distrait les soirées du roi Louis XI, les musettes font danser les paysans.

À partir de 1650, les familles Hotteterre et Philidor, facteurs d’instruments, compositeurs, musiciens virtuoses, membres de la « Musique de la Chambre & de la Grande Écurie du Roy », vont faire évoluer l’instrument, le divisant en trois parties (corps du haut, du bas et pavillon), affinant la perce, ajustant le trou des notes, ajoutant une clé de do grave en forme de W (permettant l’alternance de la position des mains) et une clé de mi bémol. Abandonnant définitivement les « pirouettes » et les « capsules », ils imposent le contrôle de l’anche par les lèvres pour exprimer toutes les finesses du son (différence révolutionnaire avec tous les autres instruments de la famille). Ils sont considérés comme les créateurs du hautbois baroque.

En 1664, Jean-Baptiste Lully, surintendant de la Cour, écrit une marche pour ces nouveaux hautbois, les intègre à « La Grande Écurie du Roy » de Louis XIV, institution datant de François 1er, supprimant progressivement les pupitres des instruments plus anciens (cromornes, flûtes à bec, théorbe, viole de gambe, épinette…). Déclinés en plusieurs tailles, ils font également leur entrée dans la musique des mousquetaires et dès lors, avec les bassons, prennent leur essor dans l’Europe entière. Si les bandes de hautbois (surtout militaires) sont appréciées, l’instrument s’impose surtout dans l’orchestre symphonique naissant, accompagnant les fêtes, les opéras, les ballets de cour, les oratorios, les cantates… Il triomphe également comme soliste, en sonates, dans les concertos et en musique de chambre.

Tous les compositeurs de l’époque baroque vont écrire pour ces hautbois[2], hautbois d’amour[3], de chasse (da caccia)[4], cors anglais[5], tailles de hautbois et hautbois barytons (plus rares, mais certains ayant déjà vers 1680, la forme du saxophone[6] !). Le XVIIIe siècle siècle sera véritablement l’âge d’or du hautbois.


Le hautbois classique


Le hautbois de la période classique, milieu XVIIIe siècle, début XIXe siècle, ne varie pas beaucoup par rapport à son prédécesseur. Pour simplifier les doigtés, particulièrement les « fourches » et les trilles, pour augmenter la tessiture (jusqu’au contre fa) avec des recherches très empiriques, les clés deviennent progressivement plus nombreuses (do # grave, fa de clé, sol #, clé d’octave), mais globalement, la forme et la perce restent relativement les mêmes. Il n’est d’ailleurs pas rare que les clés soient rajoutées longtemps après la fabrication de l’instrument.

Le hautbois moderne


Au début du XIXe siècle, la facture des instruments de la famille des bois subit une révolution fondamentale : Theobald Boehm invente pour la flûte traversière un système de clés et de plateaux pour boucher les différents trous. Le diamètre des trous ne dépend plus de la largeur des doigts et un plateau peut commander l’ouverture ou la fermeture de plusieurs trous. Un système de tringle pivotante, muni de ressorts plats ou en aiguille, permet d’actionner le bouchages des trous hors d’atteinte.

Pour le hautbois après quelques tâtonnements, ce sont Guillaume Triébert et ses fils Charles-Louis (professeur de hautbois au conservatoire de Paris) et Frédéric, qui adaptent, perfectionnent et font évoluer le mécanisme, repensant également la perce. Leurs successeurs, François et Lucien Lorée, fabriquent le « Modèle Conservatoire à plateaux » qui sera rapidement adopté par tous les hautboïstes.


L’anche


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Anche de hautbois moderne

Une anche de hautbois est constituée de deux fines lamelles de roseau ligaturées sur un tube. C’est elle qui, sollicitée par le souffle, se met à vibrer et produit donc le son.

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Détails de l’anche
Hauboiste
Musicien jouant du cor anglais

Le plus souvent fabriquées par les hautboïstes eux-mêmes, les anches doivent être adaptées au souffle (la vitesse et le volume d’air), à l’embouchure (formes des dents et des lèvres), à la pression de la mâchoire, à la température, à l’hygrométrie et même à la pression atmosphérique.

Le roseau, choisi pour ses fibres très fines et sa souplesse sans mollesse, est séché, coupé, fendu, gougé et taillé, plié pour être ligaturé sur un tube avec un fil de nylon. Commence alors l’opération délicate : le "grattage". Après avoir séparé les deux lamelles, il faut effiler ou raboter finement l’extrémité à l’aide d’un couteau/rasoir. Pour bien vibrer, l’épaisseur et la forme de ce grattage doivent être précis.



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